« Fêtes des voisins ...Un samedi de campagne »

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Commentaire de: nathalie [Visiteur]
nathalie« Entre ici Jean Moulin… »

Cher Guy Môcquet,

Tu dois, là où tu es, là où tu n’es pas, te poser les mêmes questions que moi, que beaucoup d’entre nous, que même mes élèves m’ont posées : « Mais à quoi ça sert ? Pourquoi aujourd’ hui ? ». Oui à quoi pourra bien servir cette lecture de ta lettre poignante à tes parents quelques heures, quelques minutes avant que la mort vienne mettre fin à ton combat pour en faire lever d’autres à l’instant de ton dernier soupir en ce jour d’octobre 1941 ?

Car comme tu le sais, ta lettre est lue chaque année par des milliers d’enseignants et d’élèves. On te connaît bien. Tu es l’exemple toujours vivant du refus de l’esclavage érigé en dogme et de l’amour éclatant dans ton sourire adolescent de la Liberté. Notre Président de la République a eu l’idée de la faire lire chaque début d’année, comme ça, sans autre explication que celle de donner aux générations futures l’image, à travers toi, d’une France héroïque et sans tache, certes exemplaire, mais seulement exemplaire. Toi qui n’as pas eu le temps de pratiquer l’Histoire mais qui en es mort et y es entré les pieds devant, tu sais bien que ta lettre admirable de courage et de force est le résultat d’un long processus abominable.

Stéphanie, souviens toi de Guy Môcquet ! Souviens toi de son père arrêté parce que Communiste puis interné à Maison-Carrée en Algérie… Souviens toi, Pierre, de l’ arrestation de Guy, jeune homme un peu plus âgé que toi, et qui, parce qu’il distribuait des tracts n’appelant d’ailleurs même pas à la résistance, mais dénonçant le caractère impérialiste de la guerre, paiera du plus ultime des sacrifices, celui de sa vie, son engagement militant.

Céline, Kader, Fabien, souvenez vous aussi de Pierre Pucheu, Préfet français, livrant dans une froideur administrative glaçante et criminelle une liste de noms parmi lesquels le tien, Guy Môcquet… Souvenez vous des ces policiers français montant la garde jusqu’à son dernier matin, à Châteaubriant, complices objectifs de l’occupant…

Alors au regard de l’Histoire, de TOUTE l’Histoire au service de la compréhension du présent, de votre présent, alors et en plagiant Malraux accueillant Jean Moulin au Panthéon, entre ici Guy Môcquet, dans le cœur des hommes, « comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Guy Môcquet avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit... Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais : " Écoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. "

L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Écoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France... »

Voilà mon cher Guy ce que je dirai à mes élèves. Et je ne leur dirai pas tout cela en début d’année scolaire, quand le soleil de septembre vient encore éclairer ta tombe de sa lumière ! Je n’obéirai pas à un homme, tout légitime soit-il et dont je respecte la légitimité, car son ordre ne correspond à rien de ce que l’Histoire enseigne ! Lire ta lettre, soit. Mais alors TOUT dire ! Ne rien cacher ! Ne rien transformer ! Tu n’es pas au service d’un destin personnel ! Tu fais partie de notre Histoire commune avec ses éclairs et ses ombres…Hélas, on veut, je crois, t’instrumentaliser ! Ce sera sans moi et ce sera mon misérable acte de résistance…

On ne me fusillera pas…

Au revoir Guy

28.05.07 @ 17:05

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